« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leu accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

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lundi 9 mai 2016

Défi 3 mois : les papiers de famille

Comme je le disais dans mon précédent article du Défi 3 mois ma grand-mère gardait tout. J'en ai déjà donné un bref aperçu dans ledit article. Mais dans les liasses de documents retrouvés chez elle il y avait aussi :
  • la carte SNCF "famille nombreuse" de sa grand-mère, qui lui faisait bénéficier de "30% de réduction sur les tarifs généraux".
Carte SNCF Adeline Roy © coll. personnelle

Je connaissais déjà son visage; Exactement celui-là, car cette photo d'identité est tiré d'une carte portrait que je possédais. J'avais aussi un exemplaire de sa signature de jeune fille où elle signait Adeline Bregeon et non Roy comme ici, avec son nom d'épouse. Née en 1875, Clémentine Adeline Bregeon a épousé Joseph Auguste Roy en 1899. Ils auront 5 enfants. L'adresse qui figure sur la carte est celle de sa fille (mon arrière-grand-mère), chez qui elle habitait alors. La carte SNCF a été établie en 1949, valable jusqu'au 9 mai 1953, selon le tampon appliqué sur la carte. Elle est décédée en août 1953, à 78 ans. C'était probablement sa dernière carte SNCF.
  • les cartes de communion solennelle : 
 Celle de ses filles :
Carte de Marie-Catherine (ma mère), 6/6/1957; de Nicole, 26/5/1960; 
de Chantal, 17/6/1962; de Nicole à nouveau © coll. personnelle

Celle de membres de sa famille (notamment celle de la tante Gabrielle, dont nous reparlons) et celles de personnes dont les noms ne m'évoquent rien. Certaines ne sont pas datées, d'autres si : elles vont de 1920 à 1943. Sauf une, beaucoup plus ancienne : elle est datée du 29 mai 1898 ! Elle porte le souvenir de la première communion d'un certain Robert Auguste-Nicolas faite en la chapelle du collège de St Malo le 29 mai 1898. Je n'ai pas réussi à le relier à notre famille. Je ne sais pas qui il est. Un tampon ajouté à postériori indique la date du 23 août 1937 : je ne sais pas à quoi il correspond.

Carte R. Auguste-Nicolas, recto-verso, 1898 © coll. personnelle
  • des bulletins de note de ses filles. Toutes autour de la table, nous triions les documents de feue ma grand-mère. Quand soudain nous trouvons deux bulletins de notes : l'un était celui de ma mère et l'autre celui de ma tante Nicole. Après avoir lu ses appréciations collégiennes, ma tante déchire le document, sans doute jugé inutile à présent. J'ai failli faire un malaise : et voici comment les archives familiales disparaissent - en direct. Heureusement, j'ai pu faire conserver celui de ma mère !
Bulletin de note de Marie-Catherine, 1959-1960 © coll. personnelle

L'année de 4ème au "collège moderne de jeunes filles d'Angers" a été un peu moyenne pour ma mère. Je suis étonnée de la voir si bonne en histoire (15/20), "absente" en mathématique (quoi : on pouvait être dispensée de math à l'époque ?). Je comprends pourquoi je suis si nulle en langue étrangère et en sport (ça doit être héréditaire). Heureusement ma mère avait une "conduite" exemplaire (16/20). La moyenne générale (10,76/20) et le rang (12ème sur 28) expliqua sans doute pourquoi qu'elle n'ait pas figuré au tableau d'honneur ! Ce qui ne l'empêchera pas d'être admise en 3ème. On devrait toujours pouvoir avoir accès au bulletin de ses parents quand on reçoit le sien... Après la 3ème ma mère change d'établissement (et de profs, enfin)... et ne quittera plus les têtes de classe. Comme quoi, il ne faut pas désespérer.
  • le dossier de sa carrière (ou plutôt quelques éléments de sa carrière, essentiellement des années 1946/1961) : de l'arrêté préfectoral de nomination au poste d'auxiliaire en 1946, en passant par des courriers administratifs de la SODEP (Société de Diffusion et d’Éditions Publicitaires) pour qui elle a fait quelques missions d'intérim (si vous me passez le terme anachronique) dans les années 1950, à la carte de visite de l'abbé directeur diocésain de l'enseignement du premier degré qui lui présente (outre ses sentiments dévoués) un poste d'institutrice remplaçante en 1960. Quelques bulletin de paye (vus dans le premier article du défi 3 mois). Un arrêté préfectoral acceptant la demande de congé maternité.
Arrêté préfectoral, 1946 © coll. personnelle

  • les dossiers de sa maison : dans les années 1960 elle et son mari font construire une maison. De nombreux documents rappellent ces travaux : un épais devis de 1961, une esquisse cotée de la barrière d'entrée, des courriers avec les artisans (peintre, vitrier, chauffagiste), des procès verbaux de réception des travaux.
  • quelques inattendus :
- Le livre d'or de la famille (voir article précédent du défi 3 mois).
- Des plaques de photos d'identité... avec de drôles de poses...
Christiane, 1941 © coll. personnelle

- L'abc de la femme pratique...
L'abc de la femme pratique - vacances, 1957 © coll. personnelle

Ce dernier est un fascicule d'une trentaine de page, expliquant quelques astuces pour passer de bonnes vacances : la construction d'un barbecue (avec foyer en maçonnerie !), des patrons de couture, des recettes de cuisine "minutée" pour passer le moins de temps possible aux fourneaux, des leçons de bricolage dont le montage d'une tente fabrication maison, le sport et la beauté et bien sûr les leçons de savoir-vivre. "La femme moderne" est vraiment moderne, jonglant entre le vilebrequin, la pratique de l'aviron, le poulet norvégien, sans oublier de servir à boire aux personnes âgées et enfants de la tablée ! Cette savoureuse leçon vous a été offerte par la revue Femina pratique (supplément au n°69) de 1957.
  • des photos de famille
Marie-Catherine et Nicole, 1949 © coll. personnelle

Voici ma mère et sa sœur Nicole, citée plus haut.

Les photos c'est bien (bon sauf pour ma mère qui ne va sans doute guère apprécier ce cliché avec nœud dans les cheveux...), mais il faut toujours les retourner, car le verso révèle parfois d’autres trésors :

- Un message émouvant
Si ce petit garçon se reconnaît, qu'il se manifeste : je ne connais pas son identité. Mais en tout cas, Christiane a bien gardé la photo, comme il l'avait souhaité.

- Une information inédite ?
André, 1944 © coll. personnelle

Au verso la mention : "André [mon grand-père] à un repas avec les prisonniers de guerre de retour en France 1944"... J'ignorais son passé de prisonnier de guerre. En fait pas du tout : après renseignements pris, il était dans l'intendance des armées pendant la guerre et devait assister à ce déjeuner à ce titre (organisateur ?). Comme quoi, il faut toujours tout vérifier.
C'est à cause de cette affectation qu'il est arrivé en Anjou et a rencontré ma grand-mère...


Et d'autres photos tout à fait particulières, qui feront l'objet du dernier article du Défi 3 mois.

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