« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leu accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

  • #Généathème
  • #RDVAncestral

samedi 18 novembre 2017

#RDVAncestral : la photographie

Nous sommes en 1871. Aujourd’hui j’ai rendez-vous dans une nouvelle et belle artère de la ville d’Angers (Maine et Loire) avec une partie de la famille Rols : Alexandre, le père, Marie-Anne née Puissant, la mère, et leur petite fille, Élisabeth (la future « grand-mère Frète ») âgée aujourd’hui de trois ans. J’ignore où est mon ancêtre directe, Cécile qui a alors 14 ans (ma future arrière-arrière-grand-mère, bien éprouvée en 14/18 : voir ici).

Comme nous sommes en avance, nous discutons avec Alexandre. Il m’explique qu’à Paris, les troubles politiques ont fait une nouvelle fois vaciller le pouvoir. La IIIème République vient d’être instaurée, avec Mac Mahon à sa tête. La Révolution Industrielle est sur sa lancée, attirant dans les villes des paysans affamés qui viennent s’user la santé dans des usines dévoreuse d’hommes, de femmes et d’enfants. C’est le règne de la machine à vapeur. En parallèle, une nouvelle classe a émergé petit à petit : la bourgeoisie. Celle-ci prend ses aises, rêve d’aristocratie et de pouvoir. Ils sont hommes d’affaires, banquiers, négociants, marchands…
Comme toi, Alexandre, pensais-je.

- Le « progrès », reprend-il, comme on l’appelle désormais, s’est étendu aux grandes villes de province. On imite Haussmann (à une échelle moindre évidemment) en perçant de belles rues bien rectilignes. De belles bâtisses font leur apparition. On aspire à la postérité, mais de façon moderne : pour cela, on ne pose plus devant un peintre prenant des heures pour avoir son portrait à accrocher dans son salon (nouvelle pièce à la mode). Non, pour cela, on va chez le photographe !

C’est pourquoi nous sommes tous réunis ici. Nous entrons finalement à l’atelier. La famille s’est mise sur son 31. Marie-Anne a revêtu une ample robe de soie noire à la mode. Ses cheveux sont tirés en arrière en chignon. Elle a mis ses belles boucles d’oreille en nacre. Alexandre a revêtu le complet veston qu’il a fait tailler sur mesure, avec le nœud papillon assorti. La petite Élisabeth a revêtu sa robe claire à pompon et le bonnet assorti.

Le photographe nous propose plusieurs décors : balustrade, feuillage, toiles peintes [1]. Mais Alexandre veut quelque chose de simple.
- Oh ! Alors j’ai ce qu’il faut pour Monsieur : cette grande étoffe tendue qui rendra le plus bel effet et mettra vos personnes en valeur.

La petite Élisabeth trottine sur ses petites jambes à travers le studio. Le photographe fait un œil sévère : je la rattrape et tente de la garder tranquille.
- Attention messieurs, dames : si la technique photographique a fait d’énormes progrès ces dernières années, n’oublions pas que le procédé est encore tout récent : il n’a pas encore 30 ans ! C’est pourquoi le temps de pose est encore un peu long et la petite ne devra pas bouger.
- Ne vous inquiétez pas, nous la tiendrons bien, répondit Alexandre.

On s’essaye à différentes poses : Marie-Anne et Élisabeth assises avec Alexandre derrière elles, debout, une main sur l’épaule de son épouse ; ou bien tous debout, Alexandre tenant sa fille dans ses bras ; ou bien encore Alexandre assis et les femmes debout. Finalement, Alexandre choisi un fauteuil en velours à dossier, son épouse assise à côté d’elle et la petite assise.

Le photographe demande au couple de se rapprocher. Alexandre met une main sur l’épaule de son épouse tandis qu’elle pose la sienne sur l’avant-bras de son époux, dans un geste tendre. Au dernier moment Élisabeth, ne sachant pas s’il faut être plutôt sur les genoux de sa mère ou de son père, choisit… de ne pas choisir et se met au milieu !

Le photographe est paniqué, limite blême :
- Messieurs dames, messieurs dames, je vous en prie, gardez cette petite tranquille ou la photo sera floue !

Sa réputation est en jeu. Après tout, lui aussi vise une clientèle plus aisée : il ne peut pas se permettre de décevoir un client si important (il a fait sa petite enquête : il sait qu’Alexandre a été employé à la Banque de France et qu’il s’est maintenant installé à son compte comme négociant…).
Finalement on chapitre Élisabeth et chacun des parents lui sert une main. Bien calée entre eux deux, elle ne bouge plus. Le photographe respire à nouveau.
- Ne bougez plus, retenez votre respiration, c’est parti.
On attends quelques instants, qui paraissent interminable tant le moment est solennel.
- Ça y est ! annonce le photographe dans un cri de victoire. C’est terminé ! Messieurs dames vous pouvez à nouveau bouger, vous lever.

Je récupère au passage Élisabeth qui s’est remise à courir partout, l’immobilité prolongée qu’on lui a fait subir n’étant pas particulièrement à son goût.
- Voulez-vous un rafraîchissement peut-être ?
- Non ! Non ! réponds Alexandre, mais quand aurons-nous les photographies ?
- Je vous ferais livrer les épreuves par coursier demain dans la journée. Cela vous convient-il ?
- Oui, oui, ça ira !
Alexandre règle au photographe ce qu’il lui doit et nous sortons.

Une fois sur le trottoir je rends Élisabeth à sa mère.
- Vous voyez, c’est quand même plus rapide que de poser des heures devant un peintre ! Je te ferais parvenir une épreuve, si tu veux, me propose Alexandre.
- Avec plaisir !
Après des salutations chaleureuses, nous nous séparons.
- Zut ! dit Alexandre, je ne lui ai pas demandé son adresse pour lui faire livrer la photographie.



Famille Rols, 1871 © Coll. personnelle

Ne t’inquiète pas Alexandre, elle me parviendra bien ta photographie. Beaucoup plus tard peut-être, mais elle me sera transmise par ton arrière-petit-fils, mon grand-père, qui la conservait pieusement dans son album de famille… C’est la plus ancienne photographie familiale que nous avons conservée.


[1] Voir l’article "Toile peinte et balustrade".



samedi 11 novembre 2017

#Généathème: Nos Poilus et moi

En ce 11 novembre commémoratif, je publie mon généathème du mois en rapport avec les Poilus de la Grande Guerre. Je ne participe pas à l’indexation collaborative des Poilus. Pas de « Un jour un Poilu » pour moi, mais « un Poilu tous les jours » ! Une sorte d’indexation « individuelle » si l’on peut dire. En effet, depuis l’été 2014 (1914 pour lui) je suis mon arrière-grand-père au jour le jour : ce sont les « pas à pas ». Le principe ? Suivre mon Poilu pendant tout le temps où il a participé (de près ou de loin) au conflit.

Ça m’a pris sur un coup de tête, moi qui ne m’intéresserais pas du tout à cette période. Après un rapide tour d’horizon des hommes de ma famille ayant potentiellement participé à la Grande Guerre, il me restait deux soldats en lice pour mener ce projet. Mais la condition sine qua non était au moins d’avoir sa fiche matricule, pour savoir dans quelle(s) unité(s) il avait été affecté et retrouver le(s) parcours de cette/ces unité(s). 

Or pour mon arrière-grand-père paternel, j’ai eu beaucoup de mal à retrouver sa fiche matricule : il demeurait soudain dans un lieu que je ne lui connaissais pas (ce fut une mes plus ardues épines généalogiques). Quand enfin je l’ai retrouvé, son nom se trouvait en bas d'une page de la table alphabétique annuelle et son numéro matricule (qui me permettrait de mettre la main sur sa fiche) avait disparu : le coin de la page ayant été déchiré ! Bref, ce n’est que bien plus tard – bien trop tard – que j’ai enfin retrouvé sa fiche matricule. Il nous aurait emmené en Orient, mais sa fiche était assez peu détaillée finalement : la tâche aurait été plus laborieuse pour moi.

Il n’en restait donc plus qu’un : ce fut Jean-François Borrat-Michaud, mon arrière-grand-père maternel. Par ailleurs, ma mère m’a souvent raconté que lors des rares occasions où elle rendait visite à ses grands-parents, son « pépère » restait toute la journée assis devant la fenêtre. Elle avait 8 ans environ, lui tout juste la soixantaine. Ce n’est pas si vieux pour rester grabataire. Ma mère pensait qu’il avait été gazé pendant la guerre, ce qui expliquait sont état. Or, dès mes premières recherches généalogiques, j’avais découvert qu’il avait été déménageur après la guerre. Cela ne semblait pas trop correspondre avec l’image d’un homme gazé, brisé. Mais, pour sûr, cela a attisé ma curiosité !

Sans trop réfléchir (à ce que cela impliquerait), j’ai ouvert un compte Twitter à son nom, @jfbm1418, car le format court des tweets me paraissait convenir : il n’était pas question de faire un roman chaque jour, mais de voir (ou d’essayer de savoir) ce qu’il faisait et où il était. C’est lui qui parle, comme si nous étions à ses côtés : je n’interviens jamais en tant que descendante 100 après lui (enfin, pas sur ce compte-là en tout cas). Lorsque l’information est plus fournie, plusieurs messages sont publiés le même jour. Tous ces tweets sont réunis (et sourcés le cas échéant) dans un article qui paraît chaque dernier jour du mois sur le blog Murmures d’ancêtres. Une mention sur Facebook vient compléter le dispositif mensuel.

Lors de la déclaration de la guerre, Jean-François a 20 ans et vit chez ses parents à Samöens (Haute-Savoie). Il n’est incorporé qu'en septembre 1914 : je lui ai donc imaginé ces quelques semaines d’attente, entre inquiétude et impatience. Comme je ne dispose d’aucun document personnel le concernant (sauf une unique - mauvaise - photo, non datée mais vraisemblablement post-guerre), rien qui ne puisse m’éclairer sur son parcours, j’ai dû beaucoup inventer. 

Jean-François Borrat-Michaud et sa famille, sans date © Coll. personnelle

Bien sûr, j’ai beaucoup lu sur cette période, sur le conflit, je me suis beaucoup documentée, mais j’ai toujours une légère frustration à lui  faire dire des choses qu’il n’a peut-être jamais pensées ou prononcées de cette façon : je ne connais pas le « niveau de langage » qu’il avait, j’ignore même quelle langue il parlait : était-ce un patois savoyard de fond de vallée ou parlait-il un français soutenu ? Tant pis pour mes remords, le but n’est pas de faire une thèse sur lui, mais d’essayer de rendre compte de ce qu’il a traversé.

Lors de son incorporation, il est envoyé parmi les Chasseurs Alpins ; corps qu’il ne quittera pratiquement plus pendant tout son parcours militaire, même s’il a changé plusieurs fois de bataillon.

Pour sa période d’instruction militaire, un peu raccourcie, mais encore relativement longue par rapport aux générations suivantes et aux besoins rapides que l’Armée avait en hommes, je me suis basée sur un manuel d’instruction militaire, trouvé sur Gallica. Comme Jean-François, j’ai commencé à appréhender ce monde nouveau en douceur : gymnastique, paquetage, construction d’une tranchée…

Et puis c’est parti ! Il a rejoint le front. Affectation dans les Vosges, puis l’Alsace, la Somme, la Marne, la Meuse… A partir de ce moment-là, j’ai suivi les notes prises quotidiennement dans les Journaux des Marches et Opérations de chaque bataillon (trouvés sur le site Mémoire des Hommes). Au début son parcours était encore assez romancé, car j’avais amassé beaucoup de documentations, non seulement sur l’arrière mais aussi sur les soldats au front ou les grandes batailles plus ou moins connues auxquelles il a participé (Metzeral, le Linge…). Puis, avec le temps (celui qui passe et celui qui nous manque), les tweets collent de plus en plus aux JMO et sont moins « romancés ».

J’essaye néanmoins de publier des visuels (cartes postales anciennes, photos de guerre, « une » de journaux), quand je peux en trouver : champs de bataille, officiers qui ont commandé ses bataillons, vie au cantonnement… Pour chaque déplacement du bataillon, je fais une carte : cela me permet de le visualiser dans l’espace. Il en a fait du chemin (près de 80 cartes de déplacements à ce jour), mon arrière-grand-père, et ce n’est pas fini…

Deux infirmations cruciales me manquent néanmoins :
- où mon arrière-grand-père a-t-il passé sa convalescence après la blessure qu’il a reçu à Metzeral en janvier 1916 et qui l’a immobilisé six mois ? Son dossier aux archives médicales et hospitalières des armées (le SAMHA) ne le dit pas. C’est la seule fois où j’ai été contrainte d’arrêter les tweets quotidiens, l’incertitude étant trop grande et le temps me manquant pour combler les trous.
- a-t-il eu des permissions (sans doute) ? Quand ? Est-il rentré chez lui ? Comment était alors son état d’esprit vis-à-vis de sa famille, de ses proches ?

Je sais que plusieurs camarades de sa classe, originaire de Samoëns, sont tombés au front. Les connaissait-il ? Sûrement : Samoëns n’est pas si grand. Je les ai imaginés amis. Je l’ai imaginé affecté par leurs disparitions. Romans ou réalité ? Si ce n’est pas eux, c’est sans doute d’autres. Il y en a eu tellement…

Aujourd’hui, après 3 ans et demi (déjà !),  et comme je le disais sur ce blog récemment, je suis un peu lasse de préparer ces tweets chaque jour ainsi que les reprises mensuelles sur le blog. Mais bon, on ne peut pas comparer ma situation et celle de mon arrière-grand-père, alors relativisons… et twittons ! Même si cette série d’articles fait partie des moins lues sur le blog (ce que je peux comprendre : ce n’est pas très glamour et la vie dans les tranchées pendant plusieurs années peut paraître lassant), je remercie néanmoins ceux qui suivent son aventure et me le font savoir, quotidiennement ou de temps en temps.

Combien de temps cela durera encore ? Autant qu’a duré sa guerre, bien sûr…


Au fait, d’après ce que je sais, à ce jour (c'est-à-dire novembre 1917), Jean-François n’a pas été gazé !


samedi 4 novembre 2017

Prénoms imposés

Il y a quelques temps, ma généalogie se trouvait un peu en panne : j’avais écumé les sources disponibles jusqu’à extinctions des registres, examiné les arbres en ligne même les plus fantaisistes pour voir s’il ne s’y cachait pas une once de vérité... Bref, j’étais un peu en panne/pause. J’attendais que les archives aux quatre coins de la France (et de Suisse) mettent en ligne de nouvelles sources, puisque j’ai la malchance d’habiter une région où aucun de mes ancêtres n’a fait ne serait-ce qu’un bref passage - et donc un assaut régulier et prolongé du bâtiment de « mes » archives locales est inutile.

Comme nombre de généalogistes sans doute, j’ai commencé mes recherches uniquement sur mes ascendants directs. Et puis, faute de source comme je l’expliquais à l’instant, j’ai commencé à m’intéresser aux frères et sœurs  de mes aïeux. Histoire de m’occuper. Histoire de faire de nouvelles découvertes, cocasses parfois (merci aux parents d’avoir prénommés tous leurs fils Pierre, ça facilite grandement les recherches !), d’autres fois tristes (décès de 10 enfants sur 13). C’est comme ouvrir une porte : tout d’un coup on discerne la réalité qui entoure notre ancêtre. Et puis, autre raison non négligeable, lorsqu’un acte de mariage d’un ancêtre direct n’est pas filiatif, celui d’un frère peut l’être, ce qui permet de remonter une ou des génération(s) supplémentaire(s) alors qu’on croyait être irrévocablement bloqué. En un mot, si vous commencez votre généalogie, ou si vous ne l’avez pas encore fait, intéressez-vous aux fratries toutes entières, voire à leurs conjoint(e)s (et si vous êtes très motivés à leurs enfants !).

Tout ça pour dire que, un beau jour, alors que j’égrenais les enfants de Géraud Martin et son épouse Jeanne Raols (8 enfants en 15 ans), je m’aperçus d’une particularité commune à tous leurs actes de baptême (excepté ceux des deux enfants mort-nés) :
- 1698, Guilhaume : « je soubsigné pretre et recteur de Saint-Marcel [aujourd’hui Conques, Aveyron] ay baptisé un enfant […] auquel a esté imposé le nom guilhaume… »
- 1701, Guilhaume [notons au passage que le précédent est toujours vivant] : « … auquel a esté imposé le nom guilhaume… »
- 1702, Catherine : « Monseigneur Cantaloube pretre de la ville de Conques a mon absance a baptisé une fille […] a laquelle a esté imposé le nom catherine… »
- 1704, Anthoinette : « … a laquelle a esté imposé le nom anthoinette… »
- 1705, fils mort-né, « baptisé par la sage-femme a cause du danger qu’il y avoit ». Non prénommé.
- 1707, Pierre : « … auquel a esté imposé le nom pierre… »
- 1709, Pierre [le numéro 2] : « … auquel a esté imposé le nom pierre… ». Le prêtre a souligné dans l’acte avoir « demandé sil y auroit dans la famille du susd[it] martin dautre garçon du mesme nom, m'ont repondu y en avoir un autre de mesme nom » [ce qui ne les a pas empêché de le prénommer pareil] ; celui-ci est mon ancêtre direct – enfin je le suppose, son frère éponyme jouant les trouble-fêtes…
- 1713, enfant mort-né, sexe inconnu « baptisé à un main » par la sage femme. Non prénommé.

J’ai remarqué également que ces enfants étaient très rarement baptisés le jour même, comme c’était alors la coutume, mais plus tard : jusqu’à 6 jours pour Guilhaume n°2.

Évidemment c’est la mention « a esté imposé » qui m’a interpellée. Pourquoi le prêtre de la paroisse, et même celui de la paroisse voisine en l’absence du premier (en 1702), se permettent-ils d’imposer le prénom des enfants de la fratrie ?

J’avais déjà eu le cas de parrains/marraines refusés : voir l’article Luxure en Vendée.
Pour résumer l'histoire, le prêtre mentionnait dans les actes de baptême qu’il refusait les parrains et marraines choisis par les parents et qu’il en désignait lui-même des remplaçants ; ce qui était en fait dû à la religion protestante des parents, exemple de "catholicisation" forcée qu'ils subissaient. Mais ici, tous les actes concernant les parents, leurs frères/sœurs, grands-parents semblent indiquer que ce sont de bons catholiques, mariés à l’église, ayant reçu les sacrements avant d’expirer… bref, pas de protestant. Alors quoi ?

Après une rapide recherche infructueuse, j’ai donc lancé un appel sur Twitter. Et Sophie (@gazetteancetres) m’a rapidement trouvé la réponse :

D’après le Dictionnaire de l'Académie française, 1ère édition (1694) [1], on peut faire un mix entre deux définitions du verbe « imposer » :

- On dit, Imposer le nom, imposer un nom, pour dire, Donner le nom, donner un nom; & se dit de ceux qui ont droit de le faire. Untel imposa le nom à cet enfant au Baptesme.

- Mettre dessus: & en ce sens il ne se dit guère au propre qu'en cette phrase. Imposer les mains. l'Evesque luy imposa les mains en le faisant Diacre.

Sophie posa toutefois une condition à sa théorie : c’est que le prêtre imposait des noms à tous les enfants qu’il baptisait, et pas seulement à ma fratrie ; ce qui se vérifia effectivement. J’adoptais donc officiellement cette explication (il faut toujours croire ce que dit Sophie !).

Baptême © culture.gouv.fr

Le prêtre Valette avait donc en fait une lubie, un tic de langage et il goûtait si fort cette expression « d’imposer un nom » qu’il en usait et abusait. Y avait-il un geste grandiloquent pour appuyer son propos le jour du baptême ou était-ce seulement une formule qu’il utilisait à sa guise dans les registres, je ne le ne saurais jamais.

Après un examen attentif des registres, il apparaît que le prêtre Valette a utilisé cette formule dès son entrée en fonction en 1675. Son prédécesseur l’a utilisé également, mais seulement subitement à partir de juin 1673, alors qu’il ne le faisait pas auparavant. Valette, quand à lui, l’a utilisé jusqu’à ce qu’il quitte son ministère (ou tout au moins qu’il disparaisse des registres).

Mais désormais, je sais ce que peut signifier « imposer un nom » lors d’un baptême. Et vous aussi du coup !


mardi 31 octobre 2017

#Centenaire1418 pas à pas : octobre 1917



Suite du parcours de Jean François Borrat-Michaud : tous les tweets du mois d’octobre 1917 sont réunis ici.

Ne disposant, comme unique source directe, que de sa fiche matricule militaire, j'ai dû trouver d'autres sources pour raconter sa vie. Ne pouvant citer ces sources sur Twitter, elles sont ici précisées. Les photos sont là pour illustrer le propos; elles ne concernent pas forcément directement Jean François.

Les éléments détaillant son activité au front sont tirés des Journaux des Marches et Opérations qui détaillent le quotidien des troupes, trouvés sur le site Mémoire des hommes.

Toutes les personnes nommées dans les tweets ont réellement existé.
___ 

1er octobre
Le bataillon travaille à la réfection des tranchées de premières lignes. Journée calme. Le beau temps persiste.

2 octobre
Dans la nuit les ennemis sont entendus travaillant à leurs réseaux. Le secteur demeure calme. Les deux artilleries échangent quelques tirs. L’aviation ennemie se montre assez active. On les voit chaque jour ou presque vers 11h et 17h survoler nos lignes.

3 octobre
Dans la nuit du 2 au 3 nos patrouilles reconnaissent l’entre-deux lignes. La plupart des tranchées abandonnées sont obstruées. Les compagnies de 1ère ligne travaillent à encercler les îlots de résistance.

4 octobre
Dans la nuit du 3 au 4 nos postes sont encadrés de très près par des crapouillots. Notre artillerie tire quelques obus de 155.

5 octobre
Dans la nuit du 4 au 5 nous subissons un violent bombardement.

6 octobre
A 0h40 un tir d’engagement est déclenché sur le 115e bataillon situé à notre droite.

7 octobre
L’ennemi lance toujours quelques mines sur nos tranchées de 1ère ligne. Notre artillerie harcèle la 1ère tranchée boche. Ordre de bataillon n°171.

8 octobre
Les 1ères lignes sont battues par des batteries de 88 et nos boyaux de communication par des 77 et des 105.
Éclatement de mine, 1915 © Gallica

9 octobre
L’ennemi harcèle toujours nos tranchées de 1ère ligne, malgré les tirs de représailles de notre artillerie.

10 octobre
Avant l’aube nous sommes relevés par la 7e Compagnie, sans incident. L’artillerie ennemie harcèle coup par coup nos communications et la tranchée de doublement (tranchée Rabaud) que nous venons de creuser.

11 octobre
L’artillerie ennemie nous harcèle toute la journée, sauf de 12 à 15h. Plus de 400 obus tombent sur nous. Dégâts matériels importants.

12 octobre
Nouveaux violents bombardements à partir de 5h15. Dégâts des 1ères lignes au PC arrière. Les communications téléphoniques sont coupées. Combat de contact avec les Boches. Mais notre vaillance de chasseurs fait échouer cette tentative.

13 octobre
Après une nuit calme, l’aviation ennemie est très active. Les boyaux de communication sont soumis à un très fort harcèlement avec des obus toxiques notamment.

14 octobre
L’aviation ennemie est toujours très active. Chaque jour nous devons réparer les dégâts causés par les bombardements. Toujours en réserve, notre Compagnie travaille chaque nuit à l’assainissement et à la réfection des boyaux arrière.
Tranchée et bombardement, 1916 © Gallica

15 octobre
La 8e compagnie, en reconnaissance, tombe sur une sentinelle boche. Notre patrouille rentre sous un tir de 105. Toute la journée les tirs continuent et la nuit on essuie des tirs de rafales très nourris.

16 octobre
Nouveaux tirs à la pointe du jour. Milieu de journée calme, mais les bombardements reprennent en soirée.

17 octobre
L’activité de l’artillerie ennemie redouble. Les appareils font cependant demi-tour devant les nôtres.
Avion allemand © albindenis.free.fr

18 octobre
Journée calme. Quelques obus et crapouillots sur les premières lignes. Nuit très calme.

19 octobre
Quelques tirs le matin, et très violents l’après-midi. Tirs de destruction sur le réseau de fils de fer. Les tranchées sont endommagées. Tir de représailles de notre artillerie durant la nuit. L’infanterie ennemie demeure dans ses tranchées. Ordre de bataillon n°172.

20 octobre
Matinée calme. Tir de harcèlement à partir de 13h30. Plusieurs appareils ennemis survolent nos lignes à très faible hauteur. Les guetteurs boches se montrent plus fréquemment. Nuit calme.

21 octobre
Journée clame. L’artillerie ennemie est nettement moins active. Le 12e Bataillon nous relève : nous nous rendons au camp I à 2,5 km au Nord de Somme-Suippe.

22 octobre
On passe la journée au camp I. Soudain le silence. Pas même un oiseau pour lancer une trille joyeuse. Tout est mort. D’ailleurs, il n’y a plus de végétation. Il n’y a plus d’oiseau pour chanter. Juste la boue. La boue et le froid.*

23 octobre
Nous quittons déjà le camp I : De retour à Tilloy pour nous, à Auve pour d’autres.

24 octobre
Installation dans les cantonnements, travaux de propreté, douches.

25 octobre
Notre compagnie représente le Bataillon à une revue passée par le Général Gouraud près de Somme-Suippe. Nous sommes 100 hommes et le sous-lieutenant Augé. Remise de décorations.
Le général Gouraud accompagné d'officiers, 1916 © Gallica

A 20h on reçoit l’ordre de se tenir prêt à embarquer en T.M. le lendemain à 7h et d’emporter 2 jours de vivres.

26 octobre
Embarquement en T.M. à 7h pour Ville sur Terre et Fresnay. Notre compagnie arrive à 15h à Fresnay sans incident.
Carte Tilloy-Fresnay

160 chasseurs peuvent prendre une permission : ils sont laissés à Auve. Ordre de bataillon n°173.

27  octobre
Installation dans les cantonnements. Travaux de propreté.

28 octobre
Continuation de l’installation dans les cantonnements. Travaux de propreté, revues diverses. A 18h le bataillon reçoit l’ordre de se tenir prêt à faire étape le lendemain par voie de terre.

29 octobre
Le bataillon fait étape à Montier en Der où il doit cantonner en attendant son embarquement. Départ à 10h, arrivée à 14h30.

30 octobre
Installation dans les cantonnements. Des rumeurs circulent : cette fois on va aller loin.

31 octobre
Travaux de propreté, douches ; préparation au départ.



* Inspiré d’A. Perry « Au temps des armes ».




jeudi 26 octobre 2017

#Généthème : A la découverte de nouvelles sources


A la découverte de nouvelles sources, tel est le sujet du généathème du mois. Pour sortir des sempiternels registres paroissiaux, voire notariaux pour les plus audacieux, sortez de votre zone de confort, nous conseille Sophie de la @gazetteancetres, et explorez des sources inédites dans vos recherches.

Alors j’ai fait un premier recensement rapide des sources que j’ai déjà compulsées : environ 80 documents différents ! Ma zone de confort est plutôt large. Je refais le même dénombrement, mais cette fois de façon exhaustive : je monte à plus d’une centaine. Et tout cela en tenant compte du fait que j’habite une région où aucun de mes ancêtres n’apparaît, ce qui fait que je suis entièrement dépendante des documents de famille ou disponibles sur internet. Donc, en attendant les pièces concernant la justice, par exemple, absolument jamais en ligne (en tout cas dans « mes » départements) et qui seraient, elles, véritablement inédites, je vous propose un tour d’horizon - presque complet - des sources que j’ai pu voir, avoir, utiliser pour constituer ma généalogie (en gras dans le texte) [1]. Évidemment, dans ces documents, il y a une grande part de hasard : les mises en lignes qui varient d’un département à l’autre, une trouvaille inattendue dans un registre, un généanaute qui vous indique une piste à suivre et, bien sûr, la vie même de mes ancêtres qui m’a amenée à explorer différents types de documents parce qu’ils y ont eu recours eux-mêmes au cours de leur existence.

Des sources, des sources, des sources... © Coll. personnelle

A noter : tous les mots suivi d’un astérisque* font l’objet d’une définition dans la page Lexique de ce blog.

  • La vie familiale
Évidemment c’est par là que l’on commence en général. Je ne reviendrais pas sur l’intérêt des registres paroissiaux ou d’état civil (dit BMS* ou NMD*), les fondamentaux. Mais lorsque ceux-ci font défaut, on a parfois la chance de trouver un document qui peut pallier à son absence : les bans, un certificat de mariage ou un consentement parental peuvent remplacer un acte de mariage introuvable par exemple. Glissé entre deux pages des registres BMS/NMD ils peuvent nous indiquer éventuellement la date et le lieu du mariage, la raison de l’absence des parents qui habitent loin mais donnent leur consentement (vous avez remarqué ? les parents ne demeurent pas au même endroit que leur enfant : vous qui les avez cherché si longtemps en vain : en voilà l’explication…).
Pour reconstituer la famille, les actes notariaux sont précieux bien sûr : contrats de mariage, testaments et codicilles sont les plus fournis en détails. Parenté, lieux d’habitation, fratrie…  mais pour reconstituer la vie de la famille il existe aussi les dispenses de consanguinité*, reconnaissance de dot (utile en particulier si le contrat de mariage est lacunaire), les successions… Si les enfants mineurs se retrouvent orphelins vous pouvez découvrir une demande de tutorat ou de procuration rédigée chez un notaire ou, comme c’est mon cas, dans les papiers de famille, une convocation du conseil de famille. Votre ancêtre a été blessé ou tué à la guerre : ses enfants ont peut-être été déclaré pupille de la Nation (j’en ai parlé ici).
L’état civil de vos ancêtres est lacunaires : un petit tour par la presse, catégorie « état civil », qui vous annoncent naissances, mariages ou enterrements. Les papiers de famille ne sont pas à négliger alors fouillez votre grenier et ceux de votre parenté : faire-part de décès, livret de famille, certificat de décès, demande de congés maternité… Toutes ces sources ne sont peut-être pas égales en importance, mais peuvent étoffer votre histoire familiale.
Les documents officiels qui recensent les populations vous donneront des indications : situation familiale, domicile, âge, profession, etc… Les plus connue sont les listes nominatives (couramment appelées recensements). Attention documents légèrement rébarbatifs et parfois « bourrés » d’erreurs : à recouper avec d’autres sources pour être sûr !  
Il faut toujours garder à l’esprit que pour tous les documents il y a la lecture « positive » (celle que vous voyez) et la « négative » (celle qui est sous-entendue, mais non écrite). Ainsi, personnellement j’ai aussi découvert dans les recensements, en creux, des disparités régionales dans les façons de vivre (voir ici).
Mais ces listes nominatives ne sont pas seules : il existe aussi, pour la Savoie (au sens large) par exemple, les capitations espagnoles*, mandements* ou état des âmes*. Dans la même veine, j’ai également trouvé un rôle d’imposition* en Aveyron.
Autre témoignage « physique » : les tombes. Et comme les documents papier, il y a ce qu’elles disent et ce qu’elles ne disent pas. Les coutumes funéraires différentes selon les régions (plaques de porcelaine, couronnes de perles…). Et on peut aussi tomber (sans mauvais jeu de mot) sur un non-dit criant : à la recherche de la tombe d’un de mes ancêtres d’une génération proche, je m’aperçois finalement que sa veuve n’a jamais fait inscrire son nom sur sa tombe et qu’elle l’a mis là où il y avait de la place afin de ne pas prendre une nouvelle concession, c'est-à-dire dans le caveau de sa grand-mère à elle ; ce qui révèle beaucoup de choses sur l’entente dans ce couple, n’est-ce pas ?…
Bon, si vous avez de nobles aïeux, d’autres que vous ont sûrement déjà travaillé sur votre branche patricienne : explorez la bibliographie, armorial, notices généalogiques en tous genres. Mettez-vous à l’héraldique* : blason*, sceau*, cachet*, seing manuel*… (voir ici). Cela faisait aussi partie de la vie de nos ancêtres. Et si, pour beaucoup, tout cela est aujourd’hui tombé en désuétude, leur importance autrefois n’est plus à démontrer.

  • La vie intime
Au-delà de la reconstitution de la vie familiale, il y a ce que j’appelle la « vie intime ». Ce sont ces petites choses de rien mais qui, mises bout à bout, font une vie. Si vous en avez la possibilité (et la chance) ne négligez pas la mémoire familiale orale. Les souvenirs d’enfance, même s’ils sont brouillés, même s’ils sont inventés (je n’ai jamais eu d’ancêtre corse, contrairement à la légende familiale, comme je l’ai expliqué ici) sont tellement précieux.
Dans les papiers de famille j’ai aussi retrouvé en vrac des cartes d’identité (inestimables : adresses, photos, signatures, etc…), cartes de communion, fiche dentaire, menus de fiançailles et de mariage, carte SNCF famille nombreuse, relevés bancaires, plan et devis pour la construction d’une nouvelle maison…
Dans la presse ou revues spécialisées j’ai relevé des anecdotes, comme un concours de fabrication de ski remporté par mon arrière-grand-père (voir ici).
Si vous avez de la chance, vous possédez des photographies : outre les visages de vos aïeux, vous pouvez distinguer leurs vêtements, leurs coiffes (comme ici). Et si vous vous demandez encore pourquoi ils ne sourient pas, ceinturent le bébé ou font reposer leurs bras sur une balustrade, faites un petit tour par ici.
Et puis, il y a les signatures. En particulier quand la photographie fait défaut (ou n’a pas encore été inventée), c’est souvent la seule trace directe qui nous relie à notre ancêtre, les textes étant souvent rédigés par les curés, notaires ou autres intermédiaires. Mais les signatures, c’est eux. En vrai.

  • La vie militaire
Pour les hommes, les documents militaires peuvent être source de nombreuses informations. Elles peuvent compléter, confirmer ou pallier une lacune. Les plus connues et les plus fournies sont les fiches matricules, couramment mises en ligne à partir de 1867 ou 1872. Mais avant ces documents il y a aussi les listes de contingents, les conseils de révision qui apportent leurs lots d’informations. En Haute-Savoie j’ai trouvé une autre source de recensement militaire : la consigne des mâles*.
C’est avec tout cela que j’ai su que très peu de mes ancêtres ont fait la guerre car la plupart ont été dispensés, pour soutien de famille ou problèmes physiques (voir ici). Étonnamment, celui qui avait des yeux, je cite, « orangés très verdâtre » n’a pas été renvoyé dans ses foyers. Pourtant je trouve personnellement que c’est un bon motif !
Si votre ancêtre a fait une/des guerre(s), il est possible de suivre son parcours grâce à son livret militaire (si vous avez la chance de le posséder), les Journaux de Marches et d’Opérations qui détaillent les actions des régiments au jour le jour (comme je le fais avec mon arrière-grand-père : #Centenaire1418 pas à pas) ou un dossier de carrière conservés aux archives nationales par exemple. Il a accompli un acte de bravoure ? Cherchez le diplôme de la citation à l’ordre de l’armée. Il a été blessé ? Adressez-vous aux archives médicales de l’armée (SAHMA) qui en conserve peut-être une trace.

  • La vie scolaire et professionnelle
Les générations précédentes ont tout gardé ? Tant mieux. Pour ma part, je me suis bien amusée à lire le bulletin de notes de ma mère… Les diplômes, eux, sont soigneusement conservés : Certificat d’Étude, Brevet d’Enseignement Commercial, etc…
Mais même s’il n’a pas été à l’école, il y a de fortes chance pour que votre ancêtre ait eu un métier (voire probablement plusieurs). Sauf, bien sûr, s’il était mendiant, mais dans ce cas aussi vous aurez peut-être l’occasion de le savoir (voir le RDVAncestral dédié).
Là encore, les papiers de famille peuvent vous fournir attestation de travail, bulletin de paye, certificat de travail, diplôme de société récompensant « les bons et loyaux services » de votre aïeul. Lettre de nomination, lettre de licenciement, pension d’invalidité, véritable dossier de carrière peut-être… Si vous avez une grand-mère qui garde tout, vous en saurez beaucoup…
Aux archives aussi on peut trouver des détails sur la carrière d’un ancêtre, notamment s’il a été employé par une administration qui gardera la trace de son dossier.
Dans le Journal Officiel vous pourrez trouver nomination, avancement ou pension.

  • La vie matérielle
Les archives notariales regorgent d’informations les biens de vos ancêtres : acte d’achat ou d’acquis, acte d’état*, bail*, ferme ou affermage*, arrentement*, cense*, cession*, donation*, échange*, licitation*, vente*, subrogation*, partage, prêt, quittance*, rente*, chastail* (cheptel). Votre ancêtre a pu faire une déclaration officielle (portant sur l’expertise à laquelle il a procédé par exemple) ou mettre son/ses bien(s) en hypothèque. Enfin, après son décès on peut trouver une demande d’inventaire suscitée par ses créanciers ou sa veuve, voire l’inventaire lui-même et alors là c’est le Graal : toutes les possessions de votre aïeul sont soigneusement détaillées, jusque dans leur état d’usure ; ce qui donne de précieuses indications quand à leur niveau de vie ; voir ici). 
Les avis dans la presse peuvent compléter certains de ces documents, comme l’annonce d’une vente posthume.

  • La vie sociale
Vos ancêtres n’étaient pas seuls. Il y avait plein de gens autour (qui étaient les ancêtres d’autres personnes, mais ça c’est une autre histoire). Bref, ils avaient une vie sociale !
La plupart du temps, ils ont passés des accords avec des voisins, des amis des parents. En général, cela se faisaient devant notaires : c’est pourquoi en épluchant leurs minutes on trouve tout un tas d’obligation*, promesse*, transaction*, transport*, etc…
Ils pouvaient s’engager dans la vie de leur paroisse : faire partie d’une confrérie* ou d’un syndic*, surveiller les comptes de fabrique*, instituer une fondation*, commanditer une nomination d’expert pour établir l’état de la maison curiale ou présider à la nomination de main d’œuvre pour faire faire des travaux dans la paroisse. Peut-être faisaient-ils partie de ces assemblées d’hommes qui participaient aux délibérations paroissiales, ou délibération des habitants, ou bien étaient-ils désignés par ces assemblées lors d’un contrat de permission qui les autorisaient à faire quelques tâches ou donner une somme d’argent à la paroisse.
Plus tard, ils feront peut-être partie des rédacteurs du cahier de doléance de leur paroisse (voir ici). Et plus tard encore seront-ils inscrits sur les listes électorales (mais n’y cherchez pas les femmes… enfin, pas tout de suite !). Comme les recensements celles-ci peuvent confirmer des informations… ou vous embrouiller en vous en donnant d’autres, même pas toujours véritables ! A vous de tout vérifier.

  • Insolite
Dans les registres paroissiaux on peut trouver des mentions qui sortent de l’ordinaire grâce à des curés bavards : règlement de compte, phénomènes climatiques extraordinaires, visite pastorale, inauguration de cloches, etc… (voir ici ou et bien d’autres sur le blog…). Ces événements qui ont été vécus par vos ancêtres et ont, peut-être, influencés le cours de leurs vies.
La presse est aussi assez prolifique en matière de fait divers : écroulement de la corniche de l’église, vol de lapins appartenant à votre ancêtre, inauguration d’une usine où il va travailler, etc…
C’est souvent savoureux, toujours divertissant.

  • Environnement
Enfin, tout autour de vos ancêtres, il y a… tout le reste !
Les cartes et plans vous donneront une idée plus ou moins précise (selon les époques) des paroisses (cartes de Cassini) et/ou des possessions de vos ancêtres : mappes sardes en Savoie (voir ici) ou plans cadastraux napoléoniens (mais bon, tant que les matrices – où sont inscrits les noms des parcelles et leurs propriétaires – ne seront pas numérisées, les plans mis en ligne ne servent servent pas à grand-chose ; les archives, si vous vous nous lisez…).
Les dictionnaires historiques et géographiques locaux vous donneront un aperçu de la paroisse/commune de votre ancêtre. Attention toutefois : gardez à l’esprit qu’ils ont été rédigés à une certaine époque et qu’il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre (genre une mention lapidaire « cette commune  n’a aucun intérêt » !). Ils permettent néanmoins de situer l’environnement dans lequel a évolué votre ancêtre (à un instant T, donc), de se faire une idée sur l'histoire, l’altitude, les cultures. En d’autres termes, de brosser un portrait « paysager » ; que vous pourrez compléter avec les  cartes postales anciennes qui vous montreront architecture, costumes et coutumes…

Bref, une multiplicité de sources qui donneront un supplément d’âme à votre généalogie.



[1] Et je ne vais parler là que des sources que j’ai rencontrées au cours de mes recherches, mais il y en a tellement d’autres…