« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leu accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

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samedi 25 mars 2017

Dis-moi dix mots 2017

Bientôt va se terminer la Semaine de la Langue Française et de la Francophonie (#SLFF17 - 18/26 mars 2017). Comme en 2015 j'en profite pour jouer avec les mots. Mais pas n'importe quels mots : ceux de l'opération "Dis-moi dix mots" (pour en savoir plus : cliquez ici). Cette nouvelle édition illustre la manière dont le français s’adapte à des technologies et à des usages numériques en constante évolution, en s’enrichissant de sens nouveaux, sans qu’il soit nécessaire d’emprunter à une autre langue : "Dis-moi dix mots sur la Toile". Les dix mots choisis ont pour point commun d'être issus du monde virtuel, empruntés au monde physique et de présenter un fort « potentiel poétique » ; deux d'entre eux ont été créés plus récemment. Chacun de ces mots sont indiqués en gras et font l'objet d'une courte notice en bas de page. Pour le challenge, je l'adapte à la généalogie bien sûr !



Je décidais de revenir dans le passé. Cela faisait longtemps que je cherchais la trace d’un couple, qui ne cessait d’apparaître et de disparaître tour à tour. Au bout de plusieurs mois de recherches, j’avais abandonné l’affaire. Mais régulièrement elle revenait me hanter. Je décidais donc de m’y remettre. J’avais déjà trouvé sept actes les concernant, dans quatre départements différents. Mais ce que je voulais trouver c’était leur acte de mariage, en espérant qu’il me fournirait parenté, naissance et région d’origine, qui sait ? Il faut dire qu’ils ne me facilitaient pas la tâche : ils se nommaient Marie FAVRE et Jean MARTIN. Deux des patronymes les plus portés en France, et je ne parle même pas des prénoms…
Ça m’a pris comme ça, soudain, un soir, en rentrant du travail : dans le bus j’ai pris mon nomade [1] préféré : il contenait une liste de favoris [2] que je consultais régulièrement ; bien qu’en vain jusqu’à présent. Quand soudain une piste ! Je vérifiais dans le nuage [3] mon propre arbre : les deux couples offraient des similitudes troublantes. Bien sûr, c’est le moment que choisit le bus pour arriver à destination. Sans perdre un instant, je rentrais chez moi et allumais aussitôt l’ordinateur. Destination immédiate : le fureteur [4] !
Première étape : confirmer ce que j’avais entraperçu dans le bus. C’était un arbre en ligne qui indiquait le couple FAVRE/MARTIN avec les enfants et décès que j’avais déjà trouvé. Son auteur portait comme pseudonyme une suite de chiffres ("156845") et comme avatar [5] un beau blason multicolore… mais dont les motifs n’existaient pas en héraldique ! Mon cœur d’historienne trembla devant ce sacrilège, mais passant bravement outre je cherchais ledit mariage. Miracle ! Il était situé dans mon propre département. Mais je déchantais vite quand je constatais que personne (associations ou structures officielles) ne l’avait mis en ligne : il n’était hébergé [6] nulle part en ligne. Il me fallu attendre plusieurs jours encore pour pouvoir me rendre aux archives. Des jours qui paraissait une éternité et pendant lesquels je ne pensais guère à autre chose. Enfin, je pus reprendre mes recherches, non virtuelles celles-là.
C’était le troisième volume que je consultais : je m’usais les yeux sur des pattes de mouche, doublées de leurs cousines que l’on apercevait par transparence des feuillets. Je poussais un soupir de désespoir : le mariage tant espéré n’avait pas l’air d’exister. En tout cas pas ici. Pas à cette date. Plein de sollicitude, mon voisin de droite s’enquit des mésaventures qui me faisaient souffler ainsi. Je commençais donc à lui raconter l’histoire mais presque aussitôt je m’aperçus qu’il me télésnobait [7] ! Furieuse, je me demandais pourquoi il m’avait posé une question s’il ne souhaitait pas entendre la répondre. En mon for intérieur, j’inventais promptement une émoticône [8] bien sentie, une de celles qui n’existe pas encore mais que mes ancêtres n’aurait pas renié, et qui dirait un truc qu’on pourrait traduire à peu près par "grippeminaud" ou bien encore "gougnafier".
"156845" et son blason qui n’existe pas était un pirate [9] ma parole ! Je ne sais pas si cela l’amusait de mettre de fausses informations en ligne, mais vraiment je n’en voyais pas l’intérêt. Et je ne le vois toujours pas, bien qu’il me soit souvent arrivé par la suite de trouver ainsi des données erronées, voire complètement invraisemblables. Quel profit en retirer ? A quoi ça sert ?
Je savais qu’on ne pouvait pas faire confiance à ce genre d’individus (ceux qui inventent des blasons farfelus !). Après un examen attentif, je m’aperçus que tous les renseignements valables indiqués pour le couple FAVRE/MARTIN provenaient de mes propres données. Le reste n’était qu’un canular [10]. Et qui s’était vite propagé car je l’ai retrouvé plusieurs fois par la suite, sur d’autres arbres dont la véracité des événements n’étaient pas davantage leur première préoccupation.
Conclusion : toujours vérifier les renseignements à la source… et ne pas trop se réjouir quand on croit avoir trouvé une pépite. Quant aux FAVRE/MARTIN, je les cherche toujours !


[1] Nomade [nɔmad] adjectif et nom - ÉTYM. 1730 ; n. m. pl. 1540 ◊ latin nomas, adis, mot grec, proprement « pasteur ».
 1. GÉOGR. Qui n'a pas d'établissement, d'habitation fixe, en parlant d'un groupe humain qui se déplace.  2. errant, instable, mobile. Peuple, population, tribu nomade.
 ZOOL. Qui change de région avec les saisons.  migrateur.
 2.  PAR EXTENSION Vie nomade, d'une personne en déplacements continuels.  1. errant, itinérant, vagabond.
 3.  N. Peuple de nomades. Les nomades du désert vivent dans des tentes. Nomades à demi sédentarisés (semi-nomades).  forain.
 DR. Tout individu n'ayant aucun domicile fixe, qui se déplace en France, et n'entre pas dans la catégorie des forains.
 4.  Appareil nomade : objet de taille réduite qui permet la consultation, l'échange d'informations sans être relié à une installation fixe (téléphones, ordinateurs portables, agendas, répertoires électroniques…). L'informatique nomade.
▫ Travailleur nomade, qui utilise ce type de technologie pour travailler en toute circonstance, lors de ses déplacements.

[2] Favori, ite [favɔʀi, it] adjectif et nom - ÉTYM. 1535 ; fém. 1564 (favorie 1541) ◊ italien favorito, ita, participe passé de favorire « favoriser » ; cf. moyen français favorir, de faveur.
 I.  Adj.
 1.  Qui est l'objet de la prédilection de qqn, qui plaît particulièrement préféré. Balzac est son auteur favori. C'est sa lecture favorite, son livre de chevet
 2.  Qui est considéré comme le gagnant probable. Ce cheval est parti favori.
 II.  N.
 1.  VIEILLI Personne qui a les faveurs (de qqn). Cet acteur est le favori du public. coquelucheC'est le favori de sa maman.  chouchou, préféré. 
 2.  N. m. HIST. Celui qui occupait la première place dans les bonnes grâces d'un roi, d'un grand personnage.  aussi favorite.
 3.  N. m. TURF Le cheval considéré comme devant gagner la course. Il a joué le favori. Les favoris et les outsiders.
 4.  N. m. INFORM. Adresse d'une page, d'un site web choisie par l'internaute et mémorisée par le navigateur, en vue de faciliter l'accès ultérieur à ce site.  marque-page, signet. 
 III.  N. m. pl. 
Touffe de poils qu'un homme laisse pousser sur la joue, de chaque côté du visage. Il porte des favoris.  1. patte (de lapin), rouflaquette.

[3] Nuage [nɥaʒ] nom masculin - ÉTYM. 1564 ◊ de nue, qu'il a remplacé.
 1.  Amas de vapeur d'eau condensée en fines gouttelettes maintenues en suspension dans l'atmosphère.  1. brouillard, nébulosité ; LITTÉR. nue, nuée ; cirrus, cumulus, nimbus, stratus. Nuages en flocons.  mouton. Nuages de pluie, qui portent la pluie. Nuages bas, élevés. Nuages blancs, gris, noirs. Ciel chargé de nuages ( nébuleux, nuageux), couvert de petits nuages ( moutonné). 
 LOC. Être dans les nuagesêtre distrait ; se perdre dans des rêveries confuses (cf. Dans la lune). 
 2.  PAR ANALOGIE Amas vaporeux, ou mouvant. Nuage de fumée, de poussière. Nuage radioactif : concentration accidentelle d'éléments radioactifs dans l'atmosphère. Nuage volcanique: nuage de cendres provenant d'un volcan en éruption.
 3.  SC. Ce qui forme un amas dense. Nuage électronique (autour du noyau de l'atome). Nuage de points (sur un graphique). Nuage de tags : représentation visuelle de mots clés, la taille des caractères étant proportionnelle à leur fréquence.
 4.  INFORM. Nuage informatique ; informatique en nuagemode de gestion des données d'un client consistant à stocker celles-ci sur des serveurs à distance.

[4] Fureteur, euse [fyʀ(ə)tœʀ, øz] nom et adjectif - ÉTYM. 1514 ◊ de fureter
 1.  VIEUX Celui qui chasse avec un furet.
 2.  (1611) MOD. FIG. Personne qui cherche, fouille partout en quête de découvertes. chercheur, fouilleur.
 Adj. (1806)  curieux, fouineur, indiscret. Yeux fureteurs. Regard fureteur.
- N. m. Q/C inform. FURETEUR. Logiciel qui permet la navigation, la recherche et la consultation d’information dans un système hypertextuel, principalement le Web.
Navigateur, logiciel de navigation. Fureteur Internet.

[5] Avatar [avataʀ] nom masculin - ÉTYM. 1800 ◊ sanskrit avatâra « descente ».
 1.  Dans la religion hindoue, chacune des incarnations du dieu Vishnou.
 2.  FIG. (1822) Métamorphose, transformation. Après de nombreux avatars. 
 3.  (1916) Par contresens (généralt au plur.) Mésaventure, malheur. On a eu toutes sortes d'avatars au cours de ce voyage.
 4.  (du sens 1er, par l'anglais) Représentation virtuelle créée par un internaute pour évoluer dans l'univers des jeux en ligne. Choisir un avatar et un pseudonyme.

[6] Héberger [ebɛʀʒe] verbe transitif - ÉTYM. v. 1050 ◊ francique °heribergôn « loger (une armée) » → auberge. Famille étymologique  HÉRAUT.
 1.  Loger (qqn) chez soi, généralement à titre provisoire. Pouvez-vous nous héberger pour la nuit ?  abriter, recevoir.
 2.  PAR EXTENSION Accueillir, recevoir sur son sol. Héberger des réfugiés.
 3.  INFORM. Assurer le stockage et la mise en ligne de (un site web, un intranet…).

[7] Télésnober [telesnɔbe] verbe.
1. Consulter fréquemment son téléphone intelligent en ignorant les personnes physiquement présentes.
Domaines d'utilisation : télécommunication, communication sans fil, téléphonie, psychologie.

[8] Émoticône [emɔtikon] nom masculin - ÉTYM. 1996 ◊ anglais emoticon (1990), de emoti(on) et icon.
■ ANGLIC. Suite de caractères alphanumériques utilisée dans un message électronique pour former un visage stylisé exprimant une émotion, représentant un trait physique, une action, un personnage…
▫ On trouve aussi émoticône, n. f. Recommandation officielle frimousse.

[9] Pirate [piʀat] nom masculin - ÉTYM. 1213 ◊ latin pirata, grec peiratês, de peira « tentative »
Famille étymologique  PÉRIL.
1.  ANCIENNEMENT Aventurier qui courait les mers pour piller les navires de commerce. boucanier, corsaire, écumeur, flibustier, forban. 
 2.  (1969) Pirate de l'air : individu armé qui prend en otage l'équipage et les passagers d'un avion.
 3.  FIG. Individu sans scrupules, qui s'enrichit aux dépens d'autrui, dans la spéculation.  bandit, escroc, filou, voleur.
 Pirate informatique, qui pirate les logiciels ou s'introduit dans un système informatique par défi ou pour en tirer profit.  2. cracker, hacker (ANGLIC.).
 4.  (v. 1966) APPOS. Clandestin, illicite. Radio pirate, qui émet sans autorisation. Les radios pirates. Enregistrement, édition pirate : copie non autorisée.

[10] Canular [kanylaʀ] nom masculin - ÉTYM. 1913 ◊ latinisation plaisante de canuler. Famille étymologique  CANAL.
 1.  Mystification. Monter, faire un canular. ▫ PAR EXTENSION Blague, farce ; fausse nouvelle.
 2.  (recommandation officielle pour remplacer l'anglais hoax) Fausse information propagée par messagerie électronique. ▫ Adj. canularesque, 1895.





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